Archives pour la catégorie «Fascinant», dirait Charles Tisseyre

Fin d’année volcanique

Après une bucolique balade en voiture à travers les colines costaricaines, nous sommes arrivés le 31 décembre dernier dans une ville qui s’appelle La Fortuna, située au pied du volcan Arenal, dont la dernière éruption remonte à 1968.

C’est là que nous avons accueilli 2015, toujours en compagnie de nos amis Chloé et Simon.

Et pour débuter l’année du bon pied, nous avons fait une petite excursion dans le Parque Nacional Volcán Arenal, une forêt tropicale (rainforest) – un écosystème très différent de la jungle que nous avions visitée au Parque Nacional Corcovado – située sur les flancs du volcan.

Frôler la mort à Drake Bay

Sir Francis Drake, marin anglais du 16ème siècle, ne laissait personne indifférent à l’époque où il naviguait dans les eaux du Nouveau-Monde.

Vu comme un héros par l’Angleterre, mais considéré comme un sanguinaire pirate par l’Espagne (qui le surnommait El Dragón), il a laissé sa marque dans l’histoire et dans la toponymie.

Du 20 au 24 décembre, nous avons séjourné dans un endroit nommé, en son honneur, Bahia Drake ou Drake Bay («La baie de Drake»), situé à l’ouest de la Peninsula de Osa, tout au sud du Costa Rica. Nous étions loin de nous douter que nous verrions la mort d’aussi près que si nous avions été sur un des navires que Drake a coulés jadis.

Bateau à voile à Drake Bay.
Bateau à voile à Drake Bay.

Les routes pour s’y rendre étant particulièrement cahoteuses, c’est en bateau que nous y sommes parvenus, en voguant parmi les mangroves et sur la mer, ce qui a pris environ une heure à partir d’une ville qui s’appelle Sierpe.

Nous y allions d’abord pour la plongée : c’est de Drake Bay que partent la plupart des expéditions pour Isla Del Caño, une île classée réserve biologique, le plus haut niveau de protection environnementale accordé par le gouvernement costaricain. Ce statut contribue à protéger cet écosystème marin très riche, comptant de nombreuses espèces de poissons et de mammifères marins, en limitant le nombre de visiteurs et en les encadrant de façon très rigoureuse.

Au loin, Isla del Caño se laisse dorer par le soleil couchant.
Au loin, Isla del Caño se laisse dorer par le soleil couchant.

Nous en avons eu plein la vue au cours de nos deux jours de plongée là-bas : bancs de poissons prolifiques, raies marines de toutes sortes, et pour la première fois de nos carrières de plongeurs, des requins! Pas des grands requins blancs mangeurs d’hommes, plutôt des requins-corail, mais quand même, c’est impressionnant de voir de très près ces poissons à l’aileron caractéristique.

Trois requins-corail contemplent le menu.
Trois requins-corail contemplent le menu.

Nos deux premiers jours se sont passés sans que notre vie soit en danger. C’est au troisième jour que le vent a tourné.

L’autre gros attrait de Drake Bay, c’est qu’elle est située à une heure de bateau du point d’accès le plus intéressant au parc national de Corcovado, la station La Sirena. Selon National Geographic, ce parc est l’endroit le plus dense au monde en terme de biodiversité. S’y côtoient de nombreuses espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et de poissons, qui évoluent dans une végétation tropicale foisonnante.

Nous y sommes donc partis en expédition le lendemain de notre deuxième jour de plongée. Ron, un guide doté de plus de vingt ans d’expérience, était à la tête de notre petit groupe de 6 explorateurs amateurs. Et une chance qu’il était là, avec son regard de faucon pèlerin, pour dénicher toutes les créatures que nos yeux de débutants ne parvenaient pas à apercevoir.

Pendant une randonnée d’environ quatre heures, nous avons vu les quatre espèces de singes qui peuplent le parc, une bonne vingtaine d’espèces d’oiseaux, des lézards aux allures de dinosaures, des sangliers sauvages, un tapir, et j’en passe. Tout allait bien jusque-là.

L’expédition tirait à sa fin, nous étions en marche vers le bateau qui allait nous ramener à bon port, quand j’ai vu, du coin de l’œil, bouger quelque chose dans le sentier devant moi. À la dernière seconde, j’ai stoppé mon enjambée pour éviter de poser le pied sur une couleuvre rougeâtre couverte d’un motif carreauté, d’une longueur d’environ un mètre et d’une circonférence de trois centimètres.

Le reptile a dû sentir qu’il était passé à deux doigts de se faire piétiner, parce qu’il s’est arrêté net lui aussi, à moitié dans les buissons, à moitié encore dans le sentier.

J’ai appelé le guide, qui était quatre personnes devant moi, et le temps qu’il arrive pour identifier l’animal, les autre membres du groupe s’étaient attroupés autour de lui.

«Oh! It’s a Fer-de-Lance», a-t-il dit, et tout de suite l’homme qui était derrière moi a saisi sa copine, paniqué, en l’éloignant du serpent et en disant «get away, Honey. It’s a dangerous viper!»

Le guide n’ayant pas l’air trop stressé, je ne me suis pas vraiment dépêché de retirer ma jambe découverte (j’étais en culottes courtes) qui se trouvait à une trentaine de centimètres du serpent, mais si j’avais su alors qu’il s’agissait du serpent le plus venimeux du Costa Rica, et, selon certains, du monde entier, j’aurais peut être bougé plus rapidement.

«What are you doing? Take a picture!», me suggérait le guide, mais la réaction du gars qui avait éloigné sa copine me rendait craintif. J’ai donc prêté ma caméra à Ron, qui a pris en photo le Fer-de-Lance.

Au moment de la photo, le serpent s'était recroquevillé.
Au moment de la photo, le serpent s’était recroquevillé.

Ce n’est qu’en recommençant à marcher que le guide nous a renseigné sur le reptile que nous venions de voir, sur son imprévisibilité et sur son venin mortel. Avec un nœud dans l’estomac, j’ai dit «we were lucky it was a small one then», et Ron m’a répondu qu’au contraire, un Fer-de-Lance juvénile n’a pas encore appris à doser son venin, et qu’en m’attaquant il aurait injecté toute la dose, contrairement à un animal plus vieux et plus gros, qui aurait envoyé juste le nécessaire pour m’immobiliser.

Heureusement qu’il ne nous restait pas trop longtemps à marcher pour arriver au bateau, parce qu’après cette rencontre, tout le groupe progressait beaucoup plus lentement, en silence, les yeux rivés sur le sol.

Sur la route des cétacés

Nous sommes présentement à Uvita, dans le parc national Marino Ballena, un endroit protégé où l’on peut, à certains moments de l’année, observer la migration des baleines à bosse !

D’août à octobre, ce sont celles d’un troupeau de la Californie qui passent près des côtes du Costa Rica, et de décembre à avril, celles d’un troupeau de l’Antarctique.

Les spécialistes de la vie marine ne savent pas exactement pourquoi les baleines migrent en passant par là, mais beaucoup croient que les eaux du Costa Rica sont un des seuls endroits au monde où les baleines à bosse s’accouplent.

La première observation d’un spécimen de la vague de migration qui commence en décembre à été reportée hier, mais les baleines ne sont pas encore très nombreuses.

Nous espérions en apercevoir en allant faire du kayak de mer ce matin, mais ce fut peine perdue.

Nous quittons tôt demain matin en direction du parc National de Corcovado, tout au sud du pays, en espérant avoir plus de chances dans nos rencontres avec la vie sous-marine.