Aux antipodes

En se basant sur les fuseaux horaires, on peut dire que Bangkok, où nous sommes arrivés il y a 7 jours, se trouve pas mal exactement à l’autre bout du monde par rapport à Montréal : il y a précisément 12 heures de décalage entre les deux villes.

Une autre différente majeure, qui nous fait suer comme on n’a jamais sué dans notre vie, c’est la température. La capitale de la Thaïlande est en effet reconnue comme l’une des villes les plus chaudes du monde – si ce n’est pas LA plus chaude – et le cycle des saisons amène tranquillement le mercure vers des sommets de plus en plus dignes d’un sauna finlandais, sans rivière glacée dans laquelle se jeter pour éviter de s’évaporer complètement.

Il fait tellement chaud ici que la différence de température entre les endroits climatisés (chambres d’hôtels, wagons du SkyTrain que nous empruntons tous les jours, boutiques), qui sont tempérés autour de 25 degrés celsius, et l’extérieur, où la température ressentie atteint facilement 45 degrés, met, comme le chantait Beau Dommage, de la brume dans nos lunettes et sur l’objectif de ma caméra dès que nous posons le pied dehors.

Scooters dans la brume - tentative de prise de photos alors qu'il y avait de la buée sur ma lentille...

Scooters dans la brume – tentative de prise de photos alors qu’il y avait de la buée sur mon objectif…

Heureusement, les charmes multiples de Bangkok compensent aisément pour ce désagrément climatique : mélange fascinant de modernité et de tradition asiatique, la ville nous offre mille et une options d’activités pour enjoliver les derniers jours de notre périple en Asie et comble les papilles malmenés de Sabrina.

Parfois, un peu de buée dans l'œil de celui qui regarde rend certaines choses, comme le nettoyage au petit matin d'une ruelle où le tourisme sexuel s'en est donné à cœur joie la veille, plus féeriques qu'elles ne le sont en réalité.

Parfois, un peu de buée dans l’œil de celui qui regarde rend certaines choses, comme le nettoyage au petit matin d’une ruelle où le tourisme sexuel s’en est donné à cœur joie la veille, plus féeriques qu’elles ne le sont en réalité.

Filipino Power

On m’avait avertie : la gastronomie ne fait pas partie des points forts des Philippines. Pourtant, victime de mon éternel optimisme, je voyais les possibilités offertes par le climat tropical, source de légumes et de fruits frais à longueur d’année, et par la mer, un bassin regorgeant de protéines variées, et j’imaginais les empreintes créatives que la colonisation espagnole avait pu laisser dans les cuisines du pays. Les conditions gagnantes semblaient réunies. Et bien, j’avais tort!

Les Philippins, à l’instar des moteurs de leurs bateaux qui consomment des quantités effarantes de diesel, carburent au riz. Ils nomment même cet aliment le Filipino Power. Ajoutez à cela du gras animal, du sel, du vinaigre, de l’huile, pas vraiment de légumes et vous comprendrez que, comme les moteurs de leur bateaux, supervisés à chaque sortie par des mécaniciens de garde vus les petits bobos qui les affligent régulièrement, la santé des Philippins est aussi mise en danger par leur alimentation. Ils sont plusieurs à souffrir de high blood, leur appellation pour l’hypertension artérielle. Après seulement 17 jours dans le pays, je sens déjà mon corps me demander merci.

Ne pensez pas que je vous ai menti dans un post précédent: la nourriture avec Tao Philippines était délicieuse. Elle contenait des produits frais, des fines herbes, des poissons pêchés le jour-même apprêtés par un chef ingénieux mais elle ne représentait pas le reste de la cuisine du pays. À part un endroit, toutes les recommandations de notre guide de voyage nous ont laissés sur notre faim. Trop d’huile, trop de sel, peu ou pas de légumes, pas mûrs de surcroît. En manque de vitamines, de goût et de fraîcheur, je me rabattais sur les assiettes de fruits qui elles, valaient généralement le coup.

La gastronome en moi n’est pas malheureuse de laisser les Philippines derrière. La voyageuse elle est contente de vous partager ces dernières images.

Les tarsiers, ces petits mammifères à peine gros comme mon poing sont menacés de disparition ; heureusement, une fondation travaille à les protéger.

Ces petits mammifères à peine gros comme mon poing sont menacés de disparition ; heureusement, une fondation travaille à les protéger.

Un nouveau pan de notre voyage débute maintenant en Thaïlande. Mes papilles gustatives s’agitent déjà. On me l’a dit, ce pays a du bonheur dans la bouche à offrir!

Épaves

La variété et la beauté des sites de plongée sous-marine sont deux des raisons principales de notre séjour aux Philippines. Depuis notre arrivée, nous avons plongé 13 fois, autour de 3 villes différentes.

À El Nido, ce sont surtout les récifs de corail qui sont l’attraction numéro 1, quoique le développement rapide et mal contrôlé du tourisme leur cause un tort considérable. Lors de notre visite, il y avait beaucoup de plancton dans l’eau alors la visibilité était grandement réduite. Lors de nos deux premières plongées on se serait crus dans une tempête de neige sous l’eau. Cependant, j’aimerais bien vous montrer la grosse tortue et les raies pastenagues à points bleus rencontrées au cours de troisième plongée.

Coron, quant à elle, est reconnue comme la capitale de la plongée en épaves. Le 29 septembre 1944, l’aviation américaine a pris par surprise la marine impériale japonaise et coulé plusieurs de ses bateaux dans la baie de Coron, tout près de la ville. Avec le temps, bon nombre de ces carcasses de navires de guerre se sont transformées en attractions sous marines : le corail a poussé sur le métal rouillé, et une multitude de poissons et autres créatures aquatiques y ont élu domicile ce qui fait que plonger autour et dans ces épaves est à la fois fascinant et magnifique. La première épave que nous avons visité, IJNS Irako, a coulé en ligne droite et repose solennellement au fond des eaux, dans la même position que quand elle s’en allait au combat, mais recouverte d’une couche de vie marine.

La seconde, Kogyo Maru, est tombée sur le côté quand elle a été bombardée et repose à une profondeur de 35 mètres, si bien qu’il est possible d’entrer dans sa coque par une ouverture, de visiter l’intérieur, et de ressortir impressionnés tant par la page d’histoire que nous rappelle le vaisseau que par la vigueur de l’emprise de la nature aquatique sur cette construction humaine. J’aurais aimé vous en montrer des images.

L’épave qui m’a le plus bouleversé par contre est celle de ma caméra GoPro Hero 3 Black Edition qui gît à environ 45 mètres de profondeur. Fixée sur un harnais installée à mon poignet droit, elle s’est détachée quand j’ai sauté dans l’eau près de l’Irako et a coulé à pic trop creux pour être récupérée (la limite pour la plongée récréative étant de 40 mètres). Voilà pourquoi je n’ai ni d’images des bateaux nippons, ni du corail d’El Nido à vous présenter.

Ma GoPro, à droite sur la photo, alors qu'elle vivait des jours meilleurs auprès d'une consœur australienne.

Ma GoPro, à droite sur la photo, alors qu’elle vivait des jours meilleurs auprès d’une consœur australienne.

Comme un conducteur qui reprend rapidement la route après un accident pour éviter de rester traumatisé, j’ai continué à plonger.

À Dauin, avec l’équipe de Liquid Dumaguete qui nous avait été recommandée par notre amie Émilie, nous avons effectué quelques unes de nos plus belles sorties en mer à vie : le corail le long de la côte et autour d’Apo Island, située tout près, est à couper le souffle. La variété et les couleurs de la vie marine, de toutes les tailles et espèces, sont fantastiques. Mais je n’ai à partager que des souvenirs, pas de photos.

Tao

Tao veut dire « gens » en tagalog, la langue usuelle d’une majorité de la population du pays. Passer 5 jours avec Tao Philippines, c’est donc 5 jours à partager le quotidien d’une poignée de Philippins passionnants … et d’un groupe hétéroclite de voyageurs d’origines et d’âges variés qui ont, comme nous, choisi de tenter cette aventure.

En gros, on part d’El Nido sur un typique bateau de la région de Palawan et on navigue vers la ville de Coron en faisant plusieurs arrêts pour nager, explorer, manger et dormir. Cela permet de voir des plages et des coins de l’océan auxquels les touristes – qui restent pour la plupart autour des villes – n’ont pas accès. En prime, les moments paisibles sur le bateau et les repas communautaires permettent d’échanger avec l’équipage et les autres voyageurs.

Les informations pratiques de Johann, les éclats de rires provoqués par Jimboy, l’humour de Sam, les précautions de Mamma Jenny, les explications culinaires de Gerald – et j’en passe – sont pour moi la véritable richesse de ce voyage. Je pourrais aussi vous parler du délicieux cochon qu’on a abattu et rôti le jour où on a du rester au camp de base car il y avait trop de vent; de la tortue et de la myriade de poissons qui nous attendaient là où la mer de Chine rencontre la mer Sulu; ou de la soirée de fête de Louis dans karaoké aussi perdu qu’inattendu… mais ce serait trop long pour ce blogue.

Pour Simon et pour ceux qui ont l’esprit aventurier, je ne peux que vous souhaiter de vous retrouver dans ce coin des Philippines et de découvrir l’expérience par vous-même en participant à une expédition de Tao Philippines.

Maintenant, nous amorçons Louis et moi la portion plongée du voyage : une tortue, ce n’était pas assez !

Retour en arrière

Voilà plusieurs jours que nous n’avions pas donné de nouvelles, parce que nous étions partis en expédition loin de toute connexion internet avec Tao Philippines (photos et texte à venir sous peu). Mais nous profitons d’une soirée de répit à Coron pour mettre en ligne, dans la section Photos, nos dernières images du Cambodge.

Passer dans ce pays sans visiter les temples autour d’Angkor Wat, c’était impossible. Pendant 2 jours, sous un soleil de plomb, nous avons admiré les ruines impressionnantes de l’ancien empire Khmer. J’ai été fasciné par l’ampleur des constructions, et la quantité de sites. J’ai été un peu moins marqué par Siem Reap, ville plus utilitaire que jolie, qui sert de base à la manne de touristes venus visiter les splendeurs d’Angkor.

Palawan

Le village de El Nido

Le village de El Nido

Au cours des dernières 24 heures, nous avons été presque toujours en mouvement. Nous avons quitté le Cambodge (plus de photos à venir sous peu) et nous nous sommes posés aux Philippines, plus précisément à El Nido(en passant par Manille et Puerto Princessa), charmant village de l’île de Caalan dans la région de Palawan, où nous entamons le second volet de notre voyage.

C’est ici que notre chemin devait croiser celui de Simon, notre blogo-voyageur invité, mais des problèmes d’avions (neige et bris mécaniques) l’ont malheureusement empêché de pouvoir nous rejoindre à temps. En apprenant la nouvelle, Sabrina et moi avons été bien tristes, mais c’est la vie, et je suis sûr qu’on aura d’autres occasions de voyager avec Simon.

Les îles au large de El Nido

De l’utilisation du mot « vacances »

Quand on annonce à notre entourage qu’on prépare nos bagages, nombreuses sont les fois où, par mégarde ou pas, on nous dit à quel point on est « donc chanceux de partir en vacances ». Je choisis peut-être bien mal mes combats mais une mise au point s’impose.

Les vacances sont une nécessité, un repos du travail. Un moment qu’on prépare peu ou pas. Un temps qui est souvent un objectif lointain sur le calendrier pour enfin souffler. Elles riment souvent avec « ne rien faire ».

Le voyage est un choix qu’on s’impose. Il n’est souvent au contraire que très peu reposant… mais ce que le corps ne récupère pas tant en repos, c’est le coeur qui s’en gave. En images, en rencontres, en aventures.

En vacances, un imprévu est désagréable et prétexte à se plaindre. En voyage, c’est un coup du destin.

Alors que les vacances onéreuses sont souvent présentées comme étant le nec plus ultra, les voyageurs savent que le voyage, même sac à dos, c’est le plus grand des luxes qu’on peut s’offrir.

L’empreinte de l’Angkar

« Visiter le Cambodge sans tenter d’en apprendre plus sur le règne des Khmers Rouges, c’est un peu comme aller à Auschwitz sans passer par les camps », m’a dit Sabrina alors que nous planifions notre visite à Tuol Sleng, le musée du génocide cambodgien. Et depuis que j’avais mis les pieds dans le pays, j’avais l’impression de ne pas m’être assez renseigné d’avance sur les agissements des troupes qui, sous le commandement de Pol Pot, ont régné au Cambodge entre 1975 et 1979 et continué à exercer une influence dans certaines régions jusqu’à beaucoup plus tard. Raison de plus pour faire mes devoirs d’histoire.

Après avoir pris le pouvoir, les Khmers Rouges ont tenté de modifier radicalement, en massacrant les mécontents, l’ensemble de la société cambodgienne, déchirant amitiés, familles et mariages au passage. Pour moi, l’un des points les plus incompréhensibles de cette guerre intestine, c’est le fait qu’elle n’ait pas majoritairement opposé, comme on le voit habituellement, une ethnie à une autre ou un groupe religieux à un autre mais plutôt, par un mélange d’idéologie et de paranoïa, poussé les gens d’une même nation à se tuer entre eux.

Le nombre même des victimes de l’Angkar, surmon de l’appareil étatique des Khmers Rouges, est encore aujourd’hui nébuleux : entre 300 000 et 3 000 000 de morts, selon l’historien à qui on le demande.

D’après ce que j’ai compris et ressenti, un flou demeure autour de cette période difficile, encouragé en partie par le gouvernement en place et peut-être aussi par le désir du peuple de ne pas ressasser d’aussi récents et douloureux souvenirs. Les procès censés faire la lumière sur les crimes commis traînent en longueur entre autres, selon Human Rights Watch, à cause de l’obstruction du parti au pouvoir, qui compte parmi ses hauts dirigeants d’anciens Khmers Rouges.

Règlements de la prison S-21

Règlements de la prison S-21

Ce flou, on le ressent aussi en visitant Tuol Sleng. Situé au cœur de la capitale, ce musée a été mis sur pied dans l’objectif de raconter l’horreur pour éviter qu’elle ne se reproduise. Il occupe la prison jadis connue sous le nom de S-21 où étaient entassés les prisonniers dits politiques qui représentaient un danger plus ou moins réel pour les Khmers Rouges. Du groupe de plus de 17 000 personnes envoyées à cet endroit, 7 ont survécu. Torturés afin d’obtenir des aveux qui semblent aujourd’hui absurdes, puis sommairement abattus avant d’être jetés dans une fosse commune, les victimes de cette institution et les actes commis entre ses murs représentent un des volets les plus documentés et tangibles de cette sombre période de l’histoire du Cambodge.

Avant de contenir une prison puis un musée, les murs couverts de barbelés entouraient une école. En entrant dans la cour, on ne peut qu’être décontenancé par le contraste entre la vocation initiale des lieux, et ce qu’ils sont devenus. Conçus pour être un lieu d’ouverture et de savoir, les classes transformées en cellules sont devenues un endroit de confinement. La cour où les enfants jouaient jadis fut mutée en place de torture. Mais malgré l’absence de retenue dans l’exposition de photos de corps mutilés et d’ossements transpercés par des balles, Sabrina et moi avons eu l’impression que la visite ne nous disait pas tout, n’allait pas au fond des choses.

Une des salles de classe transformées en cellules.

Un détail m’a beaucoup marqué : sur les tableaux usés de Tuol Sleng, sous les consignes strictes des geôliers de S-21, on peut deviner les coups de craie des instituteurs d’avant 1975, qui enseignaient alors la géographie, les mathématiques, l’histoire. C’est paradoxal quand on sait que dans les écoles du Cambodge d’aujourd’hui, ce n’est que depuis 2009 qu’on parle aux enfants du règne de l’Angkar.

Appellation d’origine : Kampot

Nous quittons aujourd’hui la région et ville de Kampot très fière, entre autres, de sa production de durian, de mangue et de poivre. Les producteurs locaux cherchent même à faire reconnaître le poivre de Kampot comme un produit d’appellation à origine contrôlée, et avec raison!

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Le poivre vert qui se trouve en ce moment dans les arbres, appelé jeune fruit, a un goût subtil, pas seulement poivré mais aussi piquant et frais. Mûrs, les fruits deviennent rouges et peuvent être consommés tels quels ou séchés. Si la peau est enlevée une fois séchée, ça devient du poivre blanc et si les fruits demeurent dans l’arbre jusqu’à se ratatiner et perdre toute couleur, on obtient du poivre noir. Louis, dont c’est l’épice favorite, en a croqué un grain de chaque sorte et a eu la bouche en feu durant quelques minutes. C’est décidément plus goûteux que la plupart des poivres fades qu’on retrouve dans nos épiceries.

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À l’époque où le Cambodge était sous protectorat français, il semblerait que tout grand chef qui se respectait avait du poivre de Kampot dans sa cuisine. Après s’être régalés de crabe dans une sauce au poivre vert frais, on ne peut que souhaiter en retrouver plus souvent sur les menus.